Terri’Thouars Blues Festival 2018

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Terri’Thouars Blues Festival du 20 au 25 mars 2018

 14ème édition pour Terri Thouars Blues et c’est toujours avec le même enthousiasme que je prends la route de cette cité des Deux Sèvres qui pose souvent bien des interrogations dans mon entourage : « Thouars, ça se trouve où ? ». Une ville un peu à l’écart certes mais qui, à l’image des no mans land du Mississippi, transpire le blues l’espace d’un week-end de printemps et même plus. 14 éditions c’est déjà un beau bail à l’heure où certains jettent l’éponge et où d’autres adaptent leur  programmation pour élargir le potentiel public. Ici pas de concessions la ligne de conduite tracée par Tonton, le maître de cérémonie, reste la même : une programmation mêlant différents styles de blues mais surtout proposant de l’inédit et exclusif.

 

Terri Thouars Blues 14ème

 

 Si le festival débute dès le mercredi avec des animations dans les écoles et des repas blues en ce qui me concerne c’est le vendredi que ça commence. Et je ne voulais surtout pas rater l’entame avec le Keith Johnson Trio au V & B et pour cause nous le programmions 2 semaines plus tard à Blues en Rade.28954203_10214028797548238_4242053452514810658_o Autant le dire tout de suite ces 2 semaines furent empreintes d’inquiétudes et de doute. C’était la première tournée européenne pour ce jeune américain de 24 ans, petit neveu de Muddy Waters, qui a gagné en 2016 le droit de représenter Vicksburg, Mississippi, à l’International Blues Challenge de Memphis. Est-ce le lieu, la proximité d’un public pas toujours attentif ou le début de la tournée ? Toujours est-il que l’on a eu  affaire à un artiste timoré et sans charisme abusant d’un répertoire éculé. Reconnaissons toutefois que même s’il en reprend quelques titres il n’utilise pas son lien de parenté avec l’un des géants du blues. Heureusement 2 semaines plus tard, sans révolutionner le genre, il allait, poussé dans ses retranchements par une rythmique agressive, gommer mes angoisses et réjouir le public breton.

29511638_10214438852179143_963954780000090106_nLa première soirée du théâtre propose d’entrée un style jusqu’alors peu vu à Thouars, le bluegrass. Comme le veut la tradition des orchestres de bluegrass la Bluesoul Family Bluegrass est un quartet de cordes (guitare, banjo, mandoline et mini contrebasse) réuni autour d’un seul micro. Une musique rythmée, une scénographie pleine d’humour, portée par les harmonies vocales. Un répertoire où on reconnaît des classiques du genre, Man With A Constant Sorrow, Will The Circle Be Unbroken, et plus étonnant une reprise de Eyes Of Tiger ! Un moment de fraîcheur qui nous avait mis bien en jambes pour la « claque » à venir. Nathan James, Victor Puertas et Chino un trio acoustique, une exclu signée Tonton. Ces 3 « monstres » se connaissent et ont déjà eu l’occasion de croiser le fer, mais en duo. Pour la première fois

réunis tous les 3 ils vont fasciner le public. L’entame est pour Chino en solo, un Chino détendu, relax qui n’arbore pas un de ses costumes étincelants, faut dire qu’il a égaré sa valise, vite rejoint par Victor Puertas puis par Nathan James, le californien s’installe au centre trônant sur un tabouret de bar. 3 instrumentistes hors pairs, qui vont à tour de rôle prendre le chant à leur compte et de quelle manière, Victor est bluffant et quand il nous fait voyager, seul avec son harmo, le train nous envoie loin, loin, très loin,… Quand Nathan sort sa washtar gitboard (cette association washboard-guitare) le son prend une autre mesure pas besoin de section rythmique. Et, sans doute à l’initiative de Chino coutumier du fait, le show se termine dans le public. Un coup de maître Tonton ! La suite s’annonçait plus « conventionnelle », Omar Coleman et Tom Holland accompagnés de la rythmique maison Abdell B Bop et Denis Agenet. Du Chicago blues en drIMG_1939oite ligne de la cité des vents de l’Illinois. Tom est un sideman des plus prisés à Chicago et on comprend vite pourquoi, il excelle dans ce style fait de longs solos rythmés ou alliant tension-détente. Omar Coleman est plus difficile à situer c’est un excellent chanteur qui enrobe son chant de touches d’harmonicas mais il semble se chercher encore entre blues, soul ou funk. Cela donne un concert un peu décousu avec des hauts et des bas, pas facile non plus de sortir de sa tête la performance du trio précédent. Néanmoins on passe un bon moment et la soirée se termine avec Born and Raised de l’album d’Omar.

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La journée du samedi commence traditionnellement, pour les lèves-tôt, par le déjeuner blues à l’Hostellerie Saint-Jean, un haut lieu lié à l’histoire de Blues & Co et de Terri Thouars Blues. Cette année c’est U Man Slide duo qui a pour mission d’adoucir une addition qui reste raisonnable. Derrière ce patronyme se cachent Manu Poliautre (guitare, ukulélé, kazoo, percussions) et Stéphane Bihan (contrebasse). Les habitués des festivals connaissent bien Manu qui depuis l’arrêt des Harpsliders IMG_657229352129_1617654024999299_7725812295757910739_oIMG_6587

officie le plus souvent en formule one man band. Ici la présence de Stéphane Bihan   étoffe l’univers de Manu, lui apportant de la souplesse et le libérant de la rythmique ce qui lui ouvre plus largement le rôle de soliste. Au cours du set il reprend les classiques que nous lui connaissons et les titres de son dernier album Let’s Play Together, un album concocté entre amis tout simplement superbe. On peut être lève-tôt on en n’est pas moins humain et après l’effort une sieste s’impose. Je ferai donc l’impasse sur la prestation de Dik Banovich, un compatriote breton d’Ecosse que je connais bien, au bar de la Diligence, je pense qu’il ne m’en voudra pas. Pour en avoir discuté en soirée il était satisfait de cette première expérience pour lui dans ce lieu atypique (galerie marchande). Par contre je serai aux premières loges pour découvrir le duo normand Strange O’Clock  à la médiathèque. Belle surprise que ces 2 jeunes venus de Coutances qui font le lien entre musique africaine et blues. Strange O’Clock ce sont Christophe Balasakis aux guitares et Céline Laurent, chant et calebasse. Christophe armé d’une belle collection de pédales boucle des ambiances soutenues par une guitare incisive et la calebasse pour une musique très rythmée. Au chant Céline alterne entre l’anglais, le bambara (langue Malienne) et le français. Des textes forts portés par des figures chorégraphiques aériennes. Afrique, boogie et même reggae pour terminer et pour se faire plaisir, ce duo est à suivre. Au théâtre c’est Austin Walkin’ Cane en solo qui ouvre pour ce que Tonton me glisse avec humour comme « la soirée Cotorep » ! Austin « celui qui marche avec une canne » portant une prothèse à la jambe et plus tard One Hand Dan dont le nom parle aussi de lui même.IMG_0962 Austin est un artiste à la voix rugueuse, qui semble sortie des tréfonds de la terre, qu’il accompagne d’une guitare National. Sans être un guitariste expansif il installe des ambiances toutes en retenues mais qui captent l’auditoire. Du delta blues rempli de feeling. Un rien cabot, Austin aime la plaisanterie et ne s’en prive pas. Hors scène il se montre accessible et très curieux envers les personnes qu’il rencontre. La soirée se poursuit avec le Big Matth Band, un quartet qui nous vient de Bordeaux et mené par Matth, un luxembourgeois, à la guitare. On reconnaît aussi Lonj à la basse avec qui il forme par ailleurs le Swamp Duo. Le groupe étant complété de la fougue et la jeunesse de Julien Bouyssou aux claviers et de Bastien Cabezon à la batterie et au chant. Dans la série humour et pince sans rire Matth nous fera part de petites chroniqu29061010_1617651508332884_7915880462863706318_oes de sa vie quotidienne en préambules aux chansons que cela lui inspire. Un set aux rythmes variés alternant, rock, balade country, blues, qu’il puise dans son album Movin’ On. Des compos mais aussi des reprises de Steve Miller (The Joker), de Johny Guitar Watson (Gangster of Love) et de l’un de ses artistes référence Lonnie Mack (Satisfy Suzy en final).  On approchait de la fin du festival et j’étais impatient de découvrir One Hand Dan, car si je n’avais pas été convaincu par le cd Self Medication, surtout la voix, et les quelques vidéos qui ne font pas toujours bonne presse aux artistes le fait que Tonton l’ait classé cd de l’année ne pouvait pas être anodin. En effet sur scène déboule un ouragan qui va tout chambouler sur son passage. Dan Russell « appareillé » d’un médiator sur sa main atrophiée et cigar box en bandoulière est un furieux adepte du Hill Country Blues façon Burnside, Kimbro et consorts. Ce gars à le sens de la scène, du spectacle et du public et il le fait savoir, grand moment avec Magic Man. Gesticulations, figures semi-acrobatiques, envol de lunettes tout y passe. Compliments à la rythmique maison et à la très bonne idée d’y avoir adjoint un Cyril Maguy, ravi, à la guitare. Une équipe qui s’adapte au pied levé aux demandes des plus inattendues du leader. Ainsi quand Dan bricole son matériel (raccordements, changements de cigar box) entre les morceaux il demande d’abord à Abdell de faire un solo, puis ce sera à Denis d’improviser sur un tempo jazz et enfin au tour de Cyril 29570867_10214447301910381_9043432268279995935_nde s’y coller version manouche. Tout au long du set il slide avec un billet vert enroulé à l’intérieur de son bottleneck. Un billet qu’il lancera dans le public au final pour la plus grande joie d’un heureux élu. Comme tout bon festival cela se termine en jam avec rappel sur scène de Tom Holland et d’Omar Coleman.

Une 14ème édition, fidèle à la ligne de conduite tracée par Tonton depuis des années, qui est à classer parmi celles qui resteront dans nos mémoires. Une ouverture sur le Hill Country Blues, style plutôt rare dans nos contrées, couronnée de succès et qui appelle un approfondissement. Vivement l’année prochaine ! Malheureusement ce sera sans moi car les dates de Terri Thouars Blues et de Blues en Rade seront les mêmes en 2019 … J’espère seulement que ce n’est qu’a titre d’exception car ce n’est pas comme si le calendrier des festivals de blues débordait de propositions.

Texte Guy Le Texier – Photos Guy Le Texier, Yves Lafosse, Claude Adam et MJM

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