Terri’Thouars Blues 2017

Terri’Thouars Blues Festival du 29 mars au 2 avril 2017

Terri Book13ème édition pour un festival Terri Thouars Blues toujours prometteur. Le festival qui doit sa marque de fabrique à l’équipe de Blues & Co drivée par un Tonton qui maintient son cap d’année en année nous proposait encore pour cette édition de l’inédit et de l’exclusivité.  Cette fois encore nous étions conviés à errer de découvertes en confirmations.

Terri’ Thouars Blues la 13ème

Comme tous les ans le festival est déjà lancé depuis le mercredi quand nous arrivons et 17757157_1084861221619994_5899169695066001118_nc’est avec Dave Gross que se fera, pour nous, l’ouverture. Dave Gross en trio au V & B avec Abdell B Bop à la contrebasse et Denis Agenet à la batterie, la rythmique maison de Terri Thouars Blues. Le V&B un lieu qui peut paraître incongru pour un artiste de la qualité de Dave Gross à la musique élaborée et sophistiquée. Mais Dave sait s’enfermer dans une bulle occultant le brouhaha ambiant des conversations d’un public venu partager le pot de fin de semaine, seuls les purs festivaliers sont attentifs aux prouesses du jeune américain. Un répertoire qu’on lui connaît (Goombay rock, The Ironic Twist, …). Le trio est beaucoup plus soudé et en accord que le week-end précédent à Blues en Rade, le travail de la semaine a payé.

Même si le lieu n’ét17634399_1268990739865631_1622657024927634695_nait pas idéal Dave s’est montré généreux et, le temps de célébrer des retrouvailles et de se restaurer, c’est tardivement que nous arrivons au théâtre. Mal nous en a pris car nous raterons Lil Henry celui qui s’avérera, pour beaucoup, être la bonne surprise de la soirée. Qu’à cela ne tienne nous avions de quoi nous rattraper jugez plutôt : Archie Lee Hooker ! Ca vous rappelle quelqu’un ? Et oui la filiation est là, c’est le neveu de John Lee. « Bon sang ne saurait mentir ! » titrait le N°76 de Blues & Co à son propos. Oui mais voilà, j’étais sceptique sur les vidéos visionnées sur la toile et fut encore plus circonspect à la vue de la banderole tendue au stand merchandising. Cela sentait le coup de com. Mes craintes furent légitimes. J’17425919_1268991726532199_5133336035056864451_nai assisté à un concert brouillon et débridé, un concert que je n’ai pas compris. Accompagné par Jake Calypso et son Wild Boogie Combo ils n’ont pas non plus été aidés par le son (batterie et harmo étouffés). Je demande à revoir car je n’aime pas rester sur un sentiment de malaise.

Pour couronner le tout nous avions ensuite rendez-vous avec une impératrice. Sandra Hall the Blues Empress. Ce sont des French Blues Explosion (Mr Tchang à la guitare, Fred Jouglas à la basse et Pascal Delmas à la batterie) de luxe, avec le renfort de Victor Puertas aux claviers et à l’harmonica, qui ouvrent le show. Passés les 2 morceaux d’intro c’est une Sandra Hall toute de rouge vêtue qui prend possession de la scène avec son traditionnel Jump Into My Fire. La chanteuse d’Atlanta va répondre présente pour un set IMG_4103de soul blues enlevé. Parfois l’émotion prend le pas sur le spectacle. Ainsi avant l’interprétation de Sittin’ On (The Dock Of The Bay) d’Otis Redding elle nous narre l’origine de cette chanson (dans la cuisine de sa grand-mère) et nous rappelle qu’Otis n’a jamais eu l’occasion de l’interpréter sur scène. Sans oublier de préciser qu’il ne sifflait pas en l’interprétant, donc elle non plus ne siffle pas ! Malheureusement une récente intervention chirurgicale à la hanche la handicape et, comme elle le fait habituellement, elle ne prendra pas le risque de faire monter un homme sur scène pour un chaud tête à tête. Les femmes elles seront invitées pour partager un Rock Me A River endiablé. Sandra Hall le dit, avec les French Blues Explosion elle a trouvé le groupe qui lui va comme un gant, un enregistrement pourrait naître de cette association. Nous sommes impatients.

Le samedi c’est de « bon midi » que l’on s’installait dans la salle de restaurant de l’Hostellerie Saint Jean pour un déjeuner-blues devenu une institution. Un rendez-vous avec la cuisine de Xavier et, cette année, avec le Swamp Duo. Un Swamp Duo IMG_5591émanation du Big Matth Band (Big Matth à la guitare et Lonj à la guitare, à l’harmonica et au chant) qui allait nous faire passer un bon moment et même l’addition sans douleur. Un duo acoustique qui semble monté pour le plaisir, plaisir des musiciens à reprendre sans pression des standards de leurs aînés, comme une parenthèse, une respiration, sur un chemin de labeur semé d’embûches. Un duo complémentaire où la discrétion de Matth, clown blanc, rencontre son Auguste avec Lonj et son humour décalé. L’ambiance est détendue et très vite elle vire à la « front porch attitude ». Le duo invitant à tour de rôle et simultanément les collègues présents dans la salle. Se succèderont alors Brad Vickers, Denis Agenet, Dave Gross, Little Jeanjean et Manu Slide pour un florilège d’interprétations de Blind Willie Johnson, Howlin Wolf, Rl Burnside, John Lee Hooker, Jimmy reed, Robert Nighthawk … et j’en passe. Au final Big Matth interprète  un titre au chant en solo, tout au long du concert Lonj nous a rappelé qu’au sein du Big Matth Band c’est lui qui assume le chant et la guitare lead. Un Big Matth Band qui vient de sortir un cd salué dans Blues & Co et que l’on espère découvrir rapidement sur scène.

IMG_7593On invite les amis sur scène, c’est bien mais du coup ça rallonge et c’est sans faire de sieste que l’on se rend dans la galerie du centre Leclerc, au bar de la Diligence pour être précis, pour y découvrir Free Wheelin. Malgré cet effort nous arrivons à la pause (longue) et les concerts s’enchaînant nous n’aurons que peu de temps pour découvrir un artiste qui a choisi de se produire en one man band, car plus simple à gérer. Un Free Wheelin, à la frêle silhouette, qui semble timide un peu égaré dans cette immensité consumériste, et qui nous avouera sa surprise de se retrouver là lui enfant de Landerneau (Landerneau est le fief de la famille Leclerc, c’est là où tout a commencé). Le one man band est un exercice difficile et périlleux et, pour des raisons souvent économiques, la scène blues en regorge. Dès lors il  faut se démarquer. Ce que nous propose ce jeune breton n’est pas désagréable mais peut-être devrait-il « muscler » son jeu, y apporter plus de mordant.

Le foyer laïc recevait Do The Dirt. Pas vraiment le cadre idéal que cette grande salle impersonnelle pour appIMG_7606récier la musique de ce duo parisien. Une musique sombre, qui crée une atmosphère lourde, pesante. Un groupe dans la veine blues garage. A l’exception d’une mise en musique du texte Father Death Blues d’Allen Ginsberg nous n’avons affaire ici qu’à des reprises. Mais bien difficile de les reconnaître tellement elles sont retravaillées, personnalisées, torturées. Un beau travail qu’il faudra apprécier dans d’autres circonstances (club), car ici cela peut sembler répétitif, mais que l’on peut retrouver sur le très réussi cd Black Snake.

17819981_1273127662785272_269930610_o20h30 et cette fois « foi de breton » nous ne nous laisserons pas surprendre par la pendule. De plus c’est un presque « pays » qui est appelé à ouvrir sur la scène du théâtre, l’anglais Paul Cowley est maintenant installé depuis quelques années dans le pays de Redon. Nous avons eu moult fois l’occasion de voir Paul sur différents festivals mais, pour ma part, jamais sur une belle scène comme celle du théâtre de Thouars. Aller si loin pour voir un voisin, on ne regrette pas les kilomètres, ce fut le coup de cœur du festival. Paul semble un peu impressionné par l’auditoire muet d’attention. Un public comme scotché par la douceur, la simplicité et le picking de l’artiste. Un équilibre que rien ne peut perturber. Paul nous raconte des histoires, les siennes, et pour cela il ne s’embarrasse pas. Il puise son inspiration dans son quotidien, Mimosa une chanson sur le mimosa qui trône dans son jardin, une autre chanson sur l’hiver qui nous parle de … l’hiver passé. Un country blues qu’il incarne à merveille à l’image de son abouti cd Rural.

Ceux qui prenaient le relais font partie de l’histoire de Terri Thouars Blues. La barbichette élégante de Félix Reyes et la 17796716_1276160662481972_8732738754898255966_nIMG_7723silhouette imposante de Paul Linden ont maintes fois foulé la scène du théâtre avec leurs amis (Sean Costello, Jon Liebman, Dave Herrerro, Tom Holland). Et c’est un peu comme s’ils n’avaient jamais quitté le pays Thouarsais, tellement ils sont à l’aise d’emblée. Le concert reprend les titres du cd qu’ils viennent de boucler Soul Merchants, des reprises et quelques compos de Félix et une de Paul et Sean Costello (Cold Ground). Mais  loin de la tournée promotionnelle leur venue en France ressemble plus, au vue du nombre de dates, à une escapade de célibataires en goguette. Et cela se ressent, tellement leur joie de jouer fait plaisir à voir. Nos duettistes se partagent alternativement le chant, les solos de Félix sont ciselés sans excès, de même pour Paul qui s’exprime tant à l’harmonica qu’aux claviers. Soutenus, voire portés, par la rythmique Abdell-Denis qui aura eu une demi-heure pour s’acclimater dans l’après-midi. Mais quand le blues est joué et vécu de cette façon tout semble facile. Félix me confiera le lendemain qu’il avait trouvé incroyable cette osmose avec Abdell et Denis « C’était comme un family band ».

C’est à Brad Vickers qu’il revenait de clore le festival. Brad et ses Vestapolitans pratiquent une musique old school (Rock ‘n Roots) faite de tout ce que l’Amérique recense et que l’on classe facilement dans le fourre-tout Americana Music. Une musique où les instruments foisonnent, les classiques, guitare, basse, batterie, mais aussi le violon, la mandoline, le saxo, la clarinette. Une musique que j’apprécie beaucoup, particulièrement sur les cds That’s What They Say et Great Day In The Morning. Mais pour sa venue en France Brad n’était accompagné que par la seule Margey Peters (basse, violon, chant). Difficile malgré la rythmique maison et l’aide de Dave Gross de restituer ces ambiances typiques et travaillées. Un concert qui ne va pas prendre, de plus Brad est un homme charmant mais d’aspect très austère, placide. Pas aisé, dans ce cas, d’enthousiasmer le public. Margey est, elle, souriante et se démène au chant, malheureusement pour le violon l’instrument qui devait apporter un plus, une originalité, une authenticité, ce n’était pas le soir.17859027_1277233602374678_419496998_o

Malgré cette conclusion décevante et une édition un poil en dedans, il faut dire que nous avions été habitués à l’excellence, nous avons, comme d’habitude, passé de très bons moments et reviendrons sans hésiter et on l’espère pour longtemps. Car, à entendre Tonton, le nerf de la guerre qui reste le budget et ses subventions aléatoires, s’il ne met pas en péril l’existence du festival dans l’immédiat appelle quand même des réflexions et des ajustements. Quoi qu’il en soit rendez-vous en 2018 (du 21 au 25 mars semble-t-il).

Textes et photos Guy Le Texier

 

Thouars Blues Festival, Thouars, France

La France et le blues

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Thouars is a pleasant albeit undistinguished smallish town about 50km south of one of France’s most loved rivers, the Loire, a tangled, riotous waterway that wriggles and writhes across much of the country bedecked by vineyards and world-renowned chateaux. For many years, the town has been the home to a small, intimate blues event that invariably pulls in a crop of home-grown blues talent peppered by a mix of US imports, some better known than others.

This year saw New Yorker Brad Vickers and Margey Peters with their laid-back, back-porch style of music always infused with a touch of tradition and drawing on their 2015 release, That’s What They Say. New Jersey-based picker Dave Gross, who produced the album and also plays on it was also – by chance – a festival booking so added his more intricate electric and jazz-influenced input to both his own and Vickers’ sets. Gross was supported at times by two of France’s top-quality blues sidemen with Abdel Be Bop Bouyousfi on upright bass and Denis Agenet on skins.Other US visitors included the searing voice of Atlanta’s Sandra Hall supported by one of the country’s truly excellent bands, the French Blues Explosion featuring Pascal Delmas on drums, Fred Jouglas on bass, Sam Mister T’Chang – a wonderful, inventive guitarist, and Victor Peurtas on keys and harp, a Spanish player of quality who counts Jerry Portnoy among his musical admirers.

Archie Lee Hooker, nephew of the late Lee Hooker of world legendary status, also turned in a fine, raucous set that unsurprisingly included a batch of his late uncle’s tracks in the mix. Felix Reyes and Paul Linden produced what might well have been the set of the festival with a confidence and ease that only comes with years of knowledge and experience of working the hard-nosed, demanding US scene.

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UK acoustic picker Paul Cowley, himself now a French resident, also delivered a well-received set sprinkled with fine slide and resonator work and his smiling and appreciated attempts at speaking the local lingo. Local talent included another acoustic player, Li’l Henry who majored on old Lead Belly-cum-Lonnie Donnegan style skiffle material, and Cyril Maguy, a guy with a powerful voice and a strong, rhythmic guitar style that was clearly popular with the crowd.

This is a festival that always manages to produce an unexpected twist in the tail, generally by the eclectic choice of musicians, particularly those from the US who always seem to enjoy the visit and leave with a welcome number of new fans and followers.

—Iain Patience