Terri’Thouars Blues 2016

 Terri’Thouars Blues 2016 du 30 mars au 3 avril

 

Affiche Terri 2016 Traditionnellement c’est toujours sans appréhension mais plutôt avec une certaine curiosité que nous prenons la route de Thouars au début du printemps pour le festival Terri’Thouars Blues. Le grand raout de Blues & Co concocté par Tonton et son staff (équipé cette année de superbe t-shirts) en était à sa 12ème édition et comme d’habitude on était impatients et on salivait d’avance au programme annoncé. Pour nous quasiment que des découvertes à la lecture du programme. Une édition qui sur l’affiche pouvait nous paraître moins rutilante que certaines passées mais c’est sur le tas que l’on se forge réellement son opinion.

Terri’Thouars Blues, la 12ème

 

Tout débute, pour nous, dans un nouveau lieu partenaire du festival, le V& B. Autrement dit un endroit où on vend de la bière et du vin. Bien joué Tonton ! Et ma foi l’endroit est sympathique et surtout bondé.  Cyril Maguy,DSC01968 enfant du pays, se présente en version solo de Vicious Steel dont il égrène une partie du répertoire, Le centre d’achat, La Fille du bord du lac, Mona … En one man band l’interprétation manque un peu de rondeur par rapport au duo mais pour l’énergie pas de problème avec Cyril on est servi. Ensuite CW Ayon en provenance du Nouveau Mexique, découvert lors de l’édition précédente, prendra la place pour un autre style d’approche du one man band. La voix haut perchée il nous envoûte de ses rythmes lancinants portés par l’association de la guitare et des percussions et parfois soutenus à l’harmonica. Un régal de Hill Country Blues que l’on pourrait qualifier de « soft ».

La première soirée au théâtre débute avec un habitué du festival venu à plusieurs reprises avec diverses formations, Suitcase Brothers, Big Mama Montsé, French Blues Explosion. Ce soir c’est en leader que Victor Puertas se présente à la tête de ses Mellow Tones, quintet issu de la scène barcelonaise. Cette 12991118_973017296129645_5569394184264811200_nfoisonnante scène catalane qui regorge d’artistes qui se mélangent et s’assemblent sous diverses formules pour étoffer le catalogue du blues ibérique. Je pense que l’on peut monter une programmation de festival de qualité et variée rien qu’en puisant dans ce vivier catalan. Du beau monde sur le parquet autour de Victor à l’harmonica. Oscar Rabadan et Johnny « Big Stone » se partagent les parties de guitare chacun  dans son style, Regi Vilardell, à la batterie, et Oriol Fontanals, à la contrebasse se chargent de la rythmique. Ce soir Regi et Oscar ont troqué leur salopette chère à Blas Picon pour un costard de rigueur. Le répertoire puise dans le blues classique mais assaisonné à la sauce catalane, Oscar et Johnny se complètent, plus brut pour l’un et plus swing pour l’autre, et assurent des chorus à tour de rôle. Quant à  Victor il nous montre encore une fois que, sur la scène blues, il a peu d’égal à l’harmonica. Au piano il assure aussi et maintenant il s’affirme au chant alors où s’arrêtera-t-il ?

Quand Mathieu Boré s’installe au piano on reconnaît tout de suite à ses côtés des valeurs sûres de la scène française, Stan 13000144_976001552497886_3081949308066352112_nNoubar Pacha à la guitare, Simon Boyer à la batterie et Stéphane Barral à la contrebasse, qui ne sont pas ses musiciens habituels. Ce qui explique de voir Stan chaussé de lunettes pour la lecture de partitions. Ambiance jazzy, proche du Caveau de la Huchette, aux influences mêlées. Du  doo-wap avec Motherly Love ( ?) une chanson sur sa belle-mère, le New Orleans  sound avec le thème sifflé du Professor Longhair, Mathieu n’hésite pas à quitter son tabouret pour esquisser quelques pas de danse et claquer des doigts. Il se met le public dans la poche avec un bon rock n’roll et les interventions de Stan musclent le set. Pour finir retour à la cité du croissant et l’entrainant classique New Orleans de Bill Haley. Un bon moment et, pour moi, la découverte d’un artiste que je n’avais jamais rencontré.

12974550_976000385831336_4351748769252490086_nChangement de décor avec ceux qui sont annoncés comme la tête d’affiche du festival. Nate Nelson & The Entertainment Crackers tout droit débarqués à Thouars en provenance d’Atlanta, une première européenne comme bien souvent ici. En fait un duo formé de Nate Nelson, guitare et chant, et de Dan Sheffield, le fils de Bill, également à la guitare et au chant. La rythmique maison du week-end est assurée par Abdell B Bop à la contrebasse et Denis Agenet à la batterie et aux percussions. Ces 2 américains forment un duo atypique tant dans leur look que dans leur attitude. Nate arbore un look décontracté, à l’ancienne, nus pieds, jean, chemise ouverte, les cheveux rassemblés dans une tresse qui lui descend bien en-dessous du bas des reins. Dan jean retroussé laissant voir de magnifiques mollets de rugbyman, l’homme est costaud, chaussettes blanches immanquables le tout glissé dans des chaussures type crocs se ferait sans conteste remarquer dans un défilé de mode parisien. Ça c’est pour le look, pour l’attitude il en est de même. La placidité, la sérénité qui se dégage de Nate semble à des années lumières de l’excitation dégagée par Dan, en électron libre il se veut le trublion du groupe. Des Entertainment Crackers qui pratiquent ce que l’on appelle communément de l’américana music. Un type de musique difficile à définir car vaste dans les styles et nourri de12963459_976000365831338_381080409457147616_n nombreuses influences américaines. Ici l’accent est mis sur les harmonies vocales portées  par Nate et Dan. C’est très beau. A la guitare Nate brode parfois des mélodies toutes personnelles quand Dan use de la manivelle pour des effets de cisaillement et de distorsions qui renforcent la fin abrupte des morceaux. Côté set-list, elle se construit au fil du concert, on reconnaît principalement des titres de l’album Amerijuanacana. Si Dan se montre exubérant voire excentrique sur scène il n’en n’est pas moins concentré sur son sujet et comme le chat qui retombe constamment sur ses pattes il ne ratera pas une intervention vocale. Le public découvre et semble de prime abord surpris et réservé mais il va adhérer au fil du spectacle. Un bien beau moment et c’était à Terri’Thouars Blues. Evidemment !

Le samedi on se prend un petit déjeuner frugal  car Xavier le cuistot de l’Hostellerie Saint-Jean nous attend pour le traditionnel IMG_3020repas-concert avec Ronan trio. Ronan est bien connu à Thouars pour y avoir été programmé 2 fois par le passé et que dire pour nous bretons qui avons un faible pour le garçon et sa musique. Ordinairement en one man band aujourd’hui c’est en trio que le tout nouveau papa d’un fils né une semaine plus tôt lors de Blues en Rade, presque comme à Woodstock, est invité. Pour l’occasion il est accompagné de Dom à l’harmonica et de Nicolas à la batterie. Nous sommes toujours anxieux à l’idée partager un repas dans une ambiance sonore excessive. De plus connaissant Ronan et son répertoire du Delta et  Hill Country Blues nous étions sur la réserve. Si nos inquiétudes vont se révéler justifiées sur les 2 premiers titres elles vont ensuite être balayées par la capacité d’ajustement du trio au lieu. Le groupe enchaîne des titres du delta blues mais c’est sur les compositions de Ronan et ses textes très personnels en français (SDF) que s’exprime le mieux la sensibilité à fleur de peau de cet artiste. Une formule quartet existe aussi, à découvrir. Pour moi le coup de cœur du week-end.

Une petite sieste et direction la galerie marchande du centre Leclerc pour y retrouver Mr Bo Weavil. Nous arrivons pour leDSC023531 second set et comme chaque année la réflexion est la même « Ça doit pas être facile pour un artiste dans un tel environnement ! ». Je pense que Mathieu Fromont (Mr Bo Weavil) ce sera aussi lui fait la même réflexion à la découverte du lieu. Néanmoins il fait le job. Les rythmes vont des sonorités africaines aux ambiances funky  et Il est toujours efficace au banjo où à la guitare et harmo sur rack mais on regrette le temps où il était accompagné d’un vrai batteur-percussionniste aujourd’hui remplacé par l’électronique.

Depuis quelques années le foyer laïque accueille un concert à l’occasion du festival et voire même hors festival (Hoboken IMG_3101Division cet hiver) et cette fois nous avions droit au CW Ayon trio. Nous ne pouvions pas faire l’impasse sur le dernier concert de cette tournée française montée suite à la rencontre à Thouars l’an passé de ces 3 artistes faits pour jouer ensemble. Cooper CW Ayon à la guitare et l’harmonica accompagné de la subtile rythmique Abdell B Bop et Denis Agenet. En voilà 3 qui ont du plaisir à jouer ensemble et qui le rende au public. Ce Hill Country Blues semble simple, épuré. Denis Agenet le dit « la musique de Cooper est d’une grande simplicité ce qui permet d’y apporter une touche personnelle créatrice ». Comme quoi il n’y a pas besoin de se compliquer la vie parfois. Les rythmes lancinants, les tempos enlevés, le timbre de voix haut et incantatoire tout concoure à vous transporter. Cooper est, en plus, un garçon adorable, souriant, adepte du hug qu’il n’hésite pas à partager avec tous ses fans. Une association complice est née, le trio sortira un album bientôt. Précipitez-vous !

Retour au théâtre pour la 2ème et dernière soirée pour nous. Un programme résolument blues pour cette soirée. Une soirée qui au regard de son déroulement aurait pu paraître montée à l’envers, mais il n’en fut rien. Car même si Guy Verlinde et ses12993446_975998055831569_8861777108994770392_n Mighty Gators mirent le feu d’entrée et furent les plus spectaculaires de la soirée la suite avait bien des atouts à faire valoir. Guy Verlinde nous vient de Belgique et est un artiste protéiforme puisqu’il se produit parfois en solo, dans un répertoire roots, parfois en duo ou en trio pour des interventions pédagogiques. Ce soir c’est en quartet qu’il va réveiller un auditoire qui n’avait pas eu le temps de s’assoupir pour digérer son diner. Guy, avant nous le connaissions sous le patronyme de Lightnin Guy. Mais ça c’était avant, aujourd’hui il assume pleinement sa personnalité et ses origines, plus besoin de nom de scène éclatant. Le nom a changé mais la méthode reste la même, sur scène c’est le spectacle qui prime. Cet artiste généreux au répertoire varié, du blues traditionnel aux compositions tirées de son dernier album Betters Days Ahead, mouille la chemise et secoue son auditoire. Parfois cela sonne FM mais c’est le public qui est seul juge et quand la scène se retrouve envahie pour un Laissez le Bon Temps Rouler de délire final c’est gagné !

13015259_975995125831862_603200247581072673_nLa température étant montée d’un cran tout le monde se précipite à la buvette et se dit alors que les suivants vont avoir à relever le défi. Le duo italo-espagnol (Luca Giordano à la guitare et Quique Gomez à l’harmonica, accompagné par la rythmique toulousaine Guillaume Destarac à la batterie et Grégoire Oboldouieff à la basse, officie dans un style des plus classiques puisant également dans un répertoire souvent rebattu mais il s’avère que ce sont 2 solistes hors pair. Et particulièrement Luca Giordano qui nous sort des chorus emplis de sensibilité. C’est sûr le rythme a baissé de pied mais l’émotion est palpable que ce soit sur l’interprétation d’un titre lent de Carlos Johnson (pas courant) ou sur Aint’ Nobody’s Business If I Do de Billie Holiday qui donne l’occasion à Quique de nous faire apprécier son organe vocal tout en allant  faire une balade jusque dans le hall d’entrée du théâtre ! Classique oui, mais quand c’est bon !

On approche alors de la fin de la soirée et celui qui doit la clôturer s’impatiente au pied de la scène, on le sent nerveux, voire chafouin comme dirait Tonton. Qu’est-ce qui le perturbe, l’enjeu, l’horaire, la peur de voir le public partir ? Mais minuit n’est-ce10400042_822229407883178_6950847661236760669_n pas une heure idéale pour le blues ? Et pour le reste il n’y avait vraiment pas de quoi s’inquiéter, Richard Ray Farrell allait mettre tout le monde d’accord accompagné de la rythmique maison. Un concert à l’image de ce grand bourlingueur de New York, un voyage du fond du métro parisien aux clubs de Chicago. De la vie de bohème (Bohemian Life) avec Denis Agenet au washboard à Muddy Waters en passant par le Texas (Too Many Drivers). Un son de guitare brut, il utilise aussi l’harmonica sur rack, un chant déclamatoire ou narratif, une voix chaude, ce garçon sait tout faire. Il joue ses compositions et rend hommage à ses pairs (Leadbelly, Elmore James, Snook Eaglins, …  et Albert King pour le rappel). Le public en redemande et même épuisé, paraissant proche de l’effondrement, il nous offre, en guise d’adieu, 2 titres seul accompagné de sa national steel guitare. Chapeau l’artiste !

IMG_3267Ca y est cette fois-là c’est la fin, du moins pour nous, les veinards iront le lendemain retrouver tout ce beau monde à Trompe Souris. Comme le dit Tonton : « Terri’Thouars Blues est un petit festival ». C’est vrai au regard de certains critères mais certaines grosses machines pourraient aussi s’inspirer des « petits » pour donner un peu plus d’âme à leurs événements. Ah évidemment on ne verra jamais Michel Polnareff à Thouars (peut-être en spectateur ?), mais l’accessibilité  et la chaleur transmise par ceux que vous y croiserez n’ont pas de prix en ces temps de surprotectionisme.

Texte:  Guy LeTexier -  Photos: Guy LeTexier et MJM Blues

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